Renommée internationalement pour son travail sur la transitude, l’artiste Sophie Labelle nous a fait l’honneur de venir à Nantes pour une rencontre confidentielle à la librairie Durance. Organisée en compagnie de Trans Inter Action, Nosig et Alun’, son intervention nous a permis d’en apprendre un peu plus sur elle et sur son parcours.

Son parcours de bédéiste

 

Avant de devenir bédéiste, Sophie Labelle a suivi des études d’institutrice. C’est le milieu scolaire qui l’a conduite à dessiner pour des enfants, au travers de coloriages incluant et interrogeant les questions de genre et de transidentité. Comme elle nous l’a confié, Sophie n’est pas devenu bédéiste, elle l’était déjà depuis son plus jeune âge. Elle a toujours dessiné : ce n’était qu’une question de temps avant que la bédéiste en elle ne s’affirme !

 

Librairie Durance
2 novembre 2017
Photo : Féministes Plurielles

Nous avons demandé à Sophie ce qui l’avait poussée à créer cette BD “Assignée garçon”. Il en est ressorti qu’elle voulait une représentation trans au milieu de toutes les autres. Elle voulait “ventiler” le monde de la BD, faire rire et donner un espace, un moment agréables aux personnes concernées.

 

L’autrice a insisté sur le fait que sa BD n’a pas de visée pédagogique. Son but est avant tout de faire rire et se détendre les personnes trans. Comme elle l’a expliqué, sous le prisme des médias, les personnes trans sont trop souvent montrées comme des “modèles” pour instruire les non-concerné-es, et la transidentité abordée en sujet documentaire.

 

 

 

En montrant un point de vue véridique, et surtout drôle, sur la transidentité, Sophie Labelle veut contrer la pratique des médias de masse de manière à célébrer la transidentité.

 

La BD “Assignée Garçon”, un moyen de dialoguer avec les personnes concernées

 

Sophie est très fière de la notoriété de sa BD. C’était son objectif, et ce dialogue privilégié avec la communauté trans la ravit. Inspirer et informer les autres lui fait plaisir, d’autant qu’il y a 10 ans encore, trouver des ressources en français sur la transidentité était quasiment impossible. Il est très gratifiant pour elle de recevoir des messages de personnes qui la remercient pour son travail et pour le rôle qu’elle a pu jouer dans leur questionnement de genre – que ces messages viennent d’Asie, d’Europe ou d’Afrique.

Sophie Labelle remercie toutes ces personnes de l’amour qu’iels lui portent.

 

Librairie Durance
2 novembre 2017
Photo : Féministes Plurielles

À ses dires, ce déferlement continu d’affection contrebalance grandement la haine dont elle fait malheureusement l’objet. Sophie reste étonnée qu’une BD critiquant avec humour le cis-patriarcat hétérosexuel puisse parler à autant de gens et de jeunes. C’est également un plaisir pour elle de savoir que grâce à ses dessins, des personnes s’interrogent sur leur identité, font leur coming out et s’affirment telles qu’elles sont.

 

Elle rappelle que les coming out et les transitions sont avant tout une question de survie pour les personnes concernées. En outre, son travail de bédéiste a complètement pris le pas sur ses autres investissements associatifs, faute de temps et d’énergie.

 

L’humour contre la haine et l’ignorance

 

Parler de son travail nous a amené à aborder la question de ses détracteurices – “qui pour certains s’en sont fait une carrière”, comme le lance Sophie avec humour, avant d’ajouter en badinant que ce sont ses lecteurices les plus assidu.e.s.

 

Selon elle, ce ne sont pas tant des personnes ignorantes qui gagneraient à s’informer sur la transidentité, mais plutôt des personnes dont le seul désir serait de contrôler les corps et la sexualité de tou.te.s. Plutôt que de se remettre en question sur la vision cisgenre que les sociétés actuelles nous imposent, poursuit-elle, ces personnes se focalisent sur la haine, et ce pour une raison simple : la fragilité de leur masculinité.

 

De nombreuses personnes lui affirment qu’elle est la première personne transgenre qu’elles rencontrent. Or, cela vient encore une fois de la seule représentation diffusée dans les médias des personnes transgenres. C’est une illusion.

Il y a autant de personnes transgenres différentes que d’individus différents sur terre, qu’iels aient fait leur coming out ou non.

 

Nous avons été ravi.es d’accueillir Sophie Labelle, une personne débordante d’humour réussissant à faire passer son discours de vérité avec intelligence.

Note pour les personnes désireuses d’inviter Sophie Labelle à un événement : Faites-le, elle ne demande que ça !