Témoignage de Clémentine

En tant que mère, mon féminisme porte sur trois points:

Comment j’éduque mes enfants

Je les éduque pour qu’ils soient féministes. Pour qu’ils sachent qu’hommes et femmes sont égaux, pour qu’ils respectent le consentement de l’autre, pour qu’ils ne genrent pas bêtement des choses qui n’ont pas à l’être…. Je les éduque aussi pour pleins d’autres choses, mais en gros, ce que je fais c’est ce que font toutes les mères partout dans le monde: je leur transmet mes valeurs. Une de mes valeurs c’est le féminisme. En tant que mère on a un impact sur nos enfants plus important que n’importe qui d’autre, et les prochaines générations ne vont pas devenir féministes par l’opération du saint esprit. J’estime que le travail que je fais auprès de mes enfants est capital non seulement pour eux et pour moi, mais aussi pour le féminisme.

Maternité et féministe

Je vis ma maternité de manière féministe. Pourtant je suis mère au foyer. Mais je suis mère au foyer, pas bonne à tout faire au foyer. Mon taf c’est de m’occuper des enfants. Evidemment on est pas à 50/50 sur le reste du travail domestique (course, paperasse, repas…) parce que je suis plus disponible que mon mari pour toutes ces choses là, mais par exemple c’est lui qui fait le plus gros du ménage, et a le plus la charge mentale sur ce sujet. (ici c’est lui qui me dis « tu pourrais vider le lave vaisselle STP? »).
Il a aussi pris un congé parental à 80% alors que je suis à la maison pour s’impliquer dans la vie de nos enfants (et que je puisse avoir un jour off dans la semaine). Il l’a fait parce qu’il le voulait, parce que c’était important pour lui… mais aussi parce que je l’y ai poussé (et aussi parce qu’on est des privilégiés et que financièrement on pouvait se le permettre (en faisant des sacrifices, mais pour beaucoup c’est juste pas une option).

Reconnaissance du travail dit “de femmes”

Je me bats pour faire reconnaître que le travail domestique, c’est du travail. Elever des enfants c’est du travail. Cuisiner, faire les courses, le ménage (même si en l’occurrence c’est peu moi qui le fait) c’est du travail. Vous avez remarqué à quel point c’est déconsidéré comme travail? A quel point on méprise les mères au foyer? Vous avez remarqué que c’est un travail qui, quand il est fait par la mère, non seulement n’est quasiment pas rémunéré, mais qui en plus ne permet pas de profiter des acquis sociaux comme une retraite? Et que quand il est externalisé, il l’est à d’autres femmes qui sont sous payées ( je crois que c’est 2.50 par heure et par enfant le salaire minimal pour une assistante maternelle. Vous avez la responsabilité de la vie de quelqu’un d’autre pour 2.50e de l’heure), mal considérée par la société (on en parle des femmes de ménages?), et qui font souvent des horaires de malade (l’étendue horaire des assistantes maternelles est absolument hallucinante) ?

Pourquoi ? Parce que c’est un travail de femmes. Parce que le travail de femme est considéré comme un sous travail, comme sans valeur sociale ou financière. Le fait de rendre synonyme travail et emploi, c’est une manière de dire que le travail qui n’est pas un emploi n’a pas de valeur. Permettre aux femmes d’avoir accès aux mêmes opportunités que les hommes, c’est évidemment un énorme morceau du féminisme, et on est loin d’en voir le bout. Mais revaloriser les tâches typiquement féminines c’est aussi un gros morceau, et parfois j’ai l’impression que ça tout le monde s’en fout. Le travail fait avec la petite enfance (mais aussi les personnes âgées), la production domestique, a une valeur sociale énorme, c’est un travail qui quand il est choisi, peut être extrêmement épanouissant, ça demande énormément de compétences, et c’est DUR. Mais quand on parle de reconnaître ce travail par de l’argent (salaire maternelle, revenu universel, augmentation du congé parental, que sais je, c’est pas le débat) tout le monde crie qu’on veut renvoyer les femmes à la maison, et tout le monde crache dessus sur le thème « les femmes ne sont pas des bobonnes sans ambition ni talents ».

Ben non en effet, moi je suis pas une bobonne sans ambition ni talent, je m’informe énormément et de manière très sérieuse sur l’éducation, sur la bienveillance, sur des sujets politiques, sur l’équilibre alimentaire, sur les questions de santé, sur la psychologie, sur l’art, sur la philosophie, parce que j’essaye d’offrir une éducation de qualité à mes enfants, de leur donner de bons réflexes, de leur ouvrir le plus de portes possibles, de leur donner confiance en eux, d’en faire des gens bien. Je travaille énormément sur moi pour faire preuve de calme, de patience, de pédagogie, de respect. Je remets en cause tous mes préjugés, tous mes automatismes, j’interroge ma pratique quotidiennement. Je rencontre d’autres mères et j’en discute avec elles. Et tout ce travail il n’aurait pas de valeur parce qu’il n’y aurait pas un homme (car les patrons aujourd’hui sont majoritairement des hommes) pour me faire un chèque à la fin du mois? Parce que c’est, que ça a toujours été, un travail de femme? Peut être que si le travail domestique était financé et reconnu, plus d’hommes s’investiraient, et que les femmes auraient davantage de choix de ne pas s’y investir, ou alors moins.

 

Clémentine