*Cette image est la propriété de Mwasi, collectif afroféministe.

Le festival “Nyansapo” organisé par le collectif afroféministe Mwasi a soulevé une énorme polémique, mais a également permis de comprendre ce qui n’allait pas en France concernant les pouvoirs politiques, les citoyen-nes et la lutte contre le racisme.

Ce festival prévu depuis un bon moment a toujours eu le même programme : organiser des ateliers entre personnes racisée/concernées et organiser un temps ouvert à tous et toutes.

Une distinction écrite en trop petit visiblement puisque le raccourci fut vite fait et le festival taxé de “racisme anti-blanc” “interdit aux blancs” etc.

S’en est suivi un vif émoi, les blanc-he-s blessé-es dans leur égo demandèrent que ce festival soit ouvert à tou-te-s ! Et Mme Hidalgo, mairesse de Paris, de s’insurger sur la tenue d’un tel festival dans sa ville. Heureusement tout est bien qui finit bien puisque une solution a été trouvée, le festival comportera un espace ouvert à tou-te-s… Ce qui a toujours été prévu donc.

Cette situation pour le moins cocasse nous aura au moins fait rire…un peu, parce que ça révèle beaucoup de choses. Non pas sur comment une information est détournée et instrumentalisée mais sur le racisme et comment celui-ci est perçu.

Un sentiment de menace

A force de voir ce genre de polémique passer on ne peut que remarquer que lorsque la non-mixité vient des blanc-he-s elleux-mêmes, ça ne pose aucun problème. De nombreux exemple ont été twittés : le jury du festival de Cannes, certaines sphères politiques, la ghettoïsation etc. Mais dès lors que ce sont les non-blanc-he-s qui organisent et prennent des décisions, les blanc-he-s se sentent de suite menacé-es, criant au racisme, un système qui de toute évidence leur est inconnu.

Et nous, et nous !?

On en revient toujours au même constat, quel que soit la non-mixité, il y a toujours un groupe d’individus non concernés qui vient pleurer que c’est injuste, qu’on les a oubliés, qui se sentent lésés. Mais lésés de quoi au juste ?
Qu’est-ce que des blanc-he-s feraient dans un atelier dans lequel on parle de son vécu et de la négrophobie ? A part couper la parole et dire aux concerné-es qu’elles mentent bien sûr.
Ce genre de sujets, débat, festivals ne les intéressent même pas en temps normal, pourquoi se manifester soudainement ? Parce que c’est injuste ? Mais je ne vois pas ces même personnes s’indigner quand elles assistent à un acte de discrimination. Parce que c’est injuste pour elles peut-être ? Et oui, pour une fois on fait un truc sans elles ! Intolérable.

Il faut voir la vérité en face, les personnes qui se plaignent sont celles qui pensent que ces réunions sont faites contre elles, qu’on les attaque personnellement, et qui se cachent sous couvert de “oui mais c’est raciste et le racisme c’est pas bien.”
Sauf que non, le monde ne tourne pas autour de leur petit nombril et si des réunions non-mixtes ont lieu ce n’est pas contre un groupe mais pour en préserver un autre. Mais pour comprendre ça il faut accepter que ce groupe ait besoin d’être protégé de la société et des autres groupes.

Le méchant racisme

La première raison invoquée contre des réunions en non-mixité est que “c’est raciste !”. Or, il n’est pas raciste de se préserver d’un groupe ou de préférer un espace avec des gens qui possèdent le même vécu ou les mêmes intérêts, surtout quand ces réunions servent aux participant-es à mieux gérer leur identité, leurs expériences, à vivre sans une société raciste, et non à fomenter des plans contre la société. Encore une fois celleux qui font le plus d’efforts ce ne sont pas les non-racisé-es…

Mais pour ça il faut accepter que la société soit raciste. Sans ça on se retrouve avec des gens qui crient que le racisme c’est mal, qu’il faut lutter contre les discriminations etc. mais sans écouter les concerné-es, sans se renseigner sur le lexique militant etc. et qui se mettent de bonnes grosses œillères sur les yeux.

On arrive donc à une société qui prétend que le racisme c’est fini, ça n’existe plus, sous prétexte qu’on a aboli l’esclavage, et qui va jusqu’à défendre le racisme ordinaire en disant que ce n’est pas raciste, c’est comme ça que le français parle, c’est affectueux….

S’il n’y a plus de racisme pourquoi ce besoin d’espace de non-mixité ? Réponse logique de la personne qui ne voit pas le racisme : c’est du communautarisme, iels ne cherchent pas à s’intégrer etc. Et ainsi ces réunions sont perçues comme néfastes pour la société et injustifiées.

En apprentissage constant

Le soucis c’est que la société a tellement bien intégré le racisme qu’on ne le perçoit même plus et que même lorsque l’on se sent sincèrement contre des discriminations, il faut gratter une bonne grosse couche d’éducation raciste avant de comprendre.
La déconstruction ça prend du temps et ça concerne beaucoup de choses. On ne peut pas se déconstruire en une nuit, ce sont des choses qui se font à force de lectures, de renseignements, d’apprentissage et surtout d’écoute des concerné-es.
Et c’est valable pour tout ! Le racisme, le sexisme, les lgbt+phobies etc.

Être un-e allié-e, ça s’apprend.