L’un des clichés les plus répandus sur les femmes, et qui leur cause le plus de tords, c’est qu’elles sont naturellement des rivales. Là où la fraternité est un acte noble, la solidarité féminine est une nouvelle trouvaille pour emmerder les hommes. D’ailleurs, on emploie le terme « solidarité féminine » alors que “sororité” serait plus juste, non ?

Slut-shaming

La société patriarcale aime rappeler régulièrement que la conduite des femmes, contrairement à celle des hommes, est faite pour être jugée et encadrée, surtout lorsqu’il s’agit de sexualité.

Ainsi naquit le « slut-shaming » : une pratique visant à décrédibiliser, insulter et « couvrir de honte » les femmes au comportement jugé hors de la norme.

Ainsi quand un homme couche avec plusieurs partenaires il n’est jamais rien d’autre qu’un Don Juan ou un lover, alors qu’une femme sera automatiquement une salope ne se respectant pas et ainsi ne méritant pas le respect d’autrui.

Là où c’est vicieux, c’est que les femmes elles-mêmes usent et abusent de cette insulte entre elles.

Pourquoi juger la sexualité d’autrui ? Pourquoi valider celle des hommes mais condamner celle des femmes ?

Une salope est en réalité une femme qui assume et vit pleinement sa sexualité et se fait juger pour ça, une salope est avant tout une personne.

Sommes-nous vraiment obligées de juger ainsi nos consoeurs et surtout de reproduire un schéma patriarcal oppressif ? En faisant cela nous nous assurons d’être du côté des oppresseurs et donc, de nous croire en sécurité pour les femmes, de se croire dans son droit pour les hommes, mais ce n’est qu’une illusion.

Concurrences sexuelles

Pour un tas de raisons sociologiques que je ne développerai pas ici, l’idée est répandue depuis fort longtemps que « les femmes se piquent les hommes entre elles ».

Je ne pense pas que l’activité principale des femmes soit de rechercher un homme et encore moins de le « piquer » à une autre femme. 

Nous avons autre chose à faire, comme briser le plafond de verre par exemple.

Encore une fois c’est un schéma patriarcal qui assure que les femmes resteront des rivales jusqu’au bout et que ce ne sera jamais de la faute des hommes, en plus de sous-entendre que le monde n’est fait que de personnes hétérosexuelles. Pratique !

Si vous pensez que même vos amies vont vous “piquer vos mecs” ça signifie que vous devez passer votre temps à vous méfier de tout le monde, être jalouse, analyser les moindres gestes d’une amie envers votre compagnon, perdre de l’énergie à vous méfier de sa meilleure amie etc. Ça ne laisse pas beaucoup de temps pour être sereine ni beaucoup d’énergie pour améliorer sa condition n’est-ce pas ?

Puis c’est pas un peu facile de tout mettre sur le dos d’une autre ? Les hommes n’ont pas de rôle dans ces histoires là ? Quand effectivement un couple se sépare et que l’homme va vers une autre femme, choses qui arrivent, il me semble que l’homme était présent, avait son mot à dire, avait le pouvoir de dire oui ou non.

Cette rivalité fait très syndrome de la sorcière, comme si la “rivale” avait usé d’un filtre d’amour pour s’accaparer l’homme, pauvre créature impuissante, la vraie victime de cette histoire quoi !

Rivalités professionnelles

La vie professionnelle ne fait pas exception à la règle de la rivalité et encore moins au slut-shaming. Les femmes étant définies comme spontanément des rivales, elles vont évidemment se “tirer dans les pattes” au boulot.

D’un autre côté, quand on est soi-même moins payée que ses collègues masculins, qu’on sait qu’un congé maternité pourrait signifier la fin de notre carrière, qu’on nous demande d’aller préparer le café et qu’on nous ramène à notre condition de femme à chaque instant, on peut comprendre qu’il est difficile d’apprécier une nouvelle collègue, car clairement, si promotion il y a, il n’y aura pas de place pour deux. Si en plus la boîte fait dans la “promotion canapé”, c’est encore plus facile de traiter l’autre de salope.

Mais quand on en arrive à se demander s’il faut coucher pour réussir, il faut aussi se demander de quel côté est réellement le problème. De celui des femmes qui subissent ce chantage sexuel ou de celui des hommes qui l’imposent ? Vous connaissez la réponse.

Parfois cependant, tout se passe plutôt bien dans la boîte, mais cette même question revient toujours : “ha bon vous êtes autant de femmes ? Ça doit beaucoup se faire des coups bas non ?”

Nous y voilà. Les femmes, ces vicieuses, incapables de cohabiter, d’être bienveillantes ne peuvent qu’apporter conflits et médisances lorsqu’elles travaillent ensemble.

Sauf que c’est totalement possible de travailler sereinement en fait. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un environnement 100% sans conflits, ça c’est impossible quelque soit le genre des personnes. Mais oui, les femmes savent travailler ensemble et s’entraider. C’est même plus facile que de rivaliser tout le temps.

La réussite, ingrate compagne ?

Mais que tout se passe bien ou non, on n’est jamais à l’abri d’une dose de slut-shaming, car quand une femme réussit, plutôt que de se réjouir pour elle, on nous enseigne à la juger pour ça et à remettre en cause ses capacités “Elle ? Elle a couché pour en arriver là !”

Et ça que l’on connaisse ou non cette femme.

La réussite prend beaucoup de formes, mais s’il y a une constante c’est bien la désapprobation générale quand une femme réussit. Cela vient en partie d’une idée fausse estimant que les femmes ambitieuses sont des personnes peu recommandables. Eh oui, si l’on est active et que l’on prend sa vie en main, on devient mauvaise, c’est bien connu.

Encore une fois pourquoi en vouloir à nos consœurs qui réussissent ? Ce n’est pas nous que ça dérange réellement, ce sont des hommes encore une fois. Ce sont eux qui ne supportent pas d’être commandés par une femme et/ou maintiennent un plafond de verre. Paradoxalement ce sont aussi eux qui sont supposé nous faire gravir les échelons en nous faisant du chantage sexuel.

En somme on s’arrange pour nous faire croire que si l’on réussit c’est encore une fois grâce aux hommes, les mêmes qui nous empêchent de réussir et nous dénigrent pour ça. Et nos capacités dans tout ça ?

Comment faire ?

Et bien déjà prendre conscience de tout ça est un grand pas. On est tellement aveuglé-es par la société patriarcale qu’il peut être difficile de se déconstruire et de lâcher .

Première chose : Ne jugez jamais une consœur.

Qu’importe son apparence physique, sa vie sexuelle supposée ou avérée, son métier et autre. Ce n’est pas une “salope”, c’est une consœur qui galère autant ou même plus, voire différemment de vous.

Deuxième chose : Entraidez-vous.

Il est temps de réellement appliquer la sororité ou “solidarité féminine”. Si vous pouvez engager une femme compétente faites-le, ne laissez pas unetelle se faire insulter à la machine à café sous prétexte qu’elle a mis une mini-jupe aujourd’hui etc.

Troisième chose : Entraidez-vous quelque soit la religion, la couleur, le handicap ou le genre.

Prenez conscience que tout le monde ne subit pas les mêmes oppressions que vous et que parfois, elles peuvent subir des oppressions que vous ne pouviez même pas imaginer. Soutenez les personnes qui expliquent à leurs collègues que toucher leurs cheveux c’est bel et bien une micro-agression, défendez cette collègue voilée dont vos voisins de bureau se méfient, exprimez votre accord pour une rampe d’accès, reprenez les collègues qui mé-genrent votre collègue trans.

Diversité et sororité