Nous sommes en 2017. Le président américain Donald Trump vient d’interdire le financement par les Etats-Unis d’ONG internationales oeuvrant pour la défense de l’avortement. La Russie dépénalise les violences commises dans le cercle familial. En France, certain.e.s politicien.ne.s s’insurgent encore contre le mariage pour tous, plus de trois ans après l’adoption de la loi Taubira. Ainsi, le féminisme reste (malheureusement !) aujourd’hui un combat d’actualité.

Comment le féminisme s’est-il développé en France ? Qui en sont les précurseurs ? Comment a-t-il
évolué pour devenir celui que nous connaissons aujourd’hui ? Dans cet article, nous présenterons un résumé de l’historique de ce grand mouvement, de sa naissance à aujourd’hui.

Etymologie et origine du terme

Le mot féminisme vient de la contraction du mot latin « femina », qui signifie « femme » ; et
du suffixe -isme, désignant une prise de position théorique ou pratique. Il apparait pour la première fois dans des écrits en 1872, lorsque Alexandre Dumas fils affirme « les féministes, passez moi ce néologisme, disent : Tout le mal vient de ce qu’on ne veut pas reconnaître que la femme est l’égale de l’homme, qu’il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits qu’à l’homme ».

Cependant, les premières idéologies féministes sont apparues en France près de cent ans auparavant.

L’histoire d’un mouvement

Pendant la Révolution Française, le contexte politique et l’émergence de nouvelles libertés individuelles incitent les femmes à en réclamer leurs parts, mais aussi à commencer à investir l’espace public. On peut citer Olympe de Gouges, féministe la plus célèbre de son temps, notamment pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qu’elle présenta à la reine en 1791. Cependant, d’autres femmes méconnues sont à l’origine de nombreuses autres initiatives, telles que la création de clubs féminins, ou encore le rassemblement devant le palais de Versailles de plus de six milles femmes, réclamant du pain, et des armes afin de soutenir l’effort militaire.
Toujours en 1791, le mariage est désormais considéré comme un contrat civil, puis le divorce est rendu possible l’année suivante. Ces deux mesures impliquent ainsi l’égalité entre les deux partis, jusque dans les années 1800 où ces droits seront abolis.

Au début du XIXe siècle, les scientifiques affirment que l’espèce humaine est intimement régie par les lois de la nature : les femmes seraient donc destinées à la procréation et à la maternité, et toute activité intellectuelle constituerait une entorse à l’ordre naturel des choses. Cette idéologie a été longuement combattue par les femmes auteures, sans succès.

En 1843, Flora Tristan, auteure de plusieurs ouvrages célèbres, s’évertue à combattre les inégalités, et en particulier à défendre la classe ouvrière, qu’elle cherche à guider vers l’émancipation. Elle souhaite « appeler les prolétaires et les femmes à la liberté ».

En 1848, la révolution conduit à la proclamation de la république, et les femmes s’en saisissent à nouveau pour faire valoir leurs droits. Ainsi, la peine de mort pour acte politique est abolie, et le travail des femmes autorisé. Cependant, il leur reste à obtenir le statut de citoyenne, afin d’atteindre l’accès aux droits politiques et donc, de mener à bien elle-mêmes leur émancipation via la modification du Code Civil. Un an plus tard, Jeanne Deroin est la première femme à présenter sa candidature à l’Assemblée Nationale, et si elle a ainsi suscité une vive opposition, elle a pu malgré tout permettre d’ouvrir le débat que les femmes attendaient.

En 1869, Maria Deraismes, philosophe, affirme que « la femme n’a pas d’existence propre, car il lui est interdit de faire valoir sa volonté ». Elle contribue ainsi à la fondation du journal « Le droit des femmes », puis un peu plus tard, à la création des premières associations féministes en France.

En 1897 parait le premier numéro du journal « La Fronde », à l’initiative de Marguerite Durand. Il a la particularité de publier les textes de femmes militantes pour diverses causes, et met l’accent sur l’éducation et le travail des femmes. Pendant ce temps, les associations féministes obtiennent le soutien des politiques, conduisant ainsi à l’obtention du droit pour les femmes de disposer de leur salaire en 1907.

Pendant la Première Guerre Mondiale, les féministes s’engagent dans la défense nationale, en se mobilisant au sein des usines et des entreprises par exemple, remplaçant ainsi les hommes partis au front. Elles obtiennent alors le droit de faire fonction de cheffe de famille en l’absence attestée de leur mari, en 1915. D’autres s’imposent par leurs prises de position contre la guerre.
Les femmes deviennent alors plus actives au sein de la société, et les progrès dans le domaine de l’éducation leur permettent d’accéder à de nouvelles fonctions, ou encore d’obtenir l’égalité salariale pour les institutrices vis-à-vis de leurs collègues masculins.

Après la guerre, il apparait comme nécessaire de relancer la natalité en France, et ainsi la pression sociale à faire des enfants et à se cantonner au foyer familial s’alourdit pour les femmes.

L’avortement est un délit depuis la loi du 23 janvier 1923, et les associations féministes elles-mêmes adoptent les valeurs morales et traditionnelles républicaines. Cependant, la lutte pour l’obtention des droits politiques continue, en particulier depuis que d’autres pays européens légalisent le droit de vote des femmes dans les années 1910. Une première loi française pour le droit de vote des femmes a d’ailleurs été proposée en 1919, puis rejetée par le Sénat en 1922. Il faudra attendre 1944 pour que ce droit légitime soit obtenu.

En 1920, une nouvelle loi, portée principalement par les femmes de la classe ouvrière, les autorise à adhérer à un syndicat sans l’accord de leur mari. En revanche, une dizaine d’année plus tard, à partir de 1933, la crise économique qui touche la France porte préjudice aux femmes qui travaillent, et 90% des emplois supprimés sont des emplois féminins. La femme est de nouveau incitée à s’occuper de son foyer. Et en 1938, la loi sur les droits civils de la femme mariée est votée : elle peut désormais ouvrir un compte bancaire, faire des études, passer des examens et demander un passeport sans l’autorisation de son mari. Cependant, celui-ci demeure le chef de famille, il est autorisé à interdire à son épouse l’exercice d’un métier qu’il n’approuve pas. Il est le seul détenteur de l’autorité parentale.

Après la Seconde Guerre Mondiale, puis pendant la Guerre Froide, la politique nataliste est de nouveau d’actualité, et la maternité est perçue comme un devoir national. C’est dans ce contexte, en 1949, que parait « Le deuxième sexe », de Simone de Beauvoir, auteure et philosophe. C’est par cet ouvrage que le fameux courant essentialisme est désormais perçu comme le fruit d’une construction sociale, et que le thème de la sexualité des femmes commence à être abordé. Ces idées
sont novatrices, et le livre remporte un franc succès, notamment auprès des nouvelles générations de féministes.

Mais c’est dans les années 60 qu’une évolution marquée vers plus de droits apparait. En effet, en 1960, le planning familial est créé, et compte de nombreuses adhésions. En 1965, une nouvelle loi permet à une femme d’exercer le métier de son choix malgré l’opposition de son mari, mais aussi d’administrer seule les biens qui lui appartiennent. Enfin, en 1967, la loi Neuwirth est votée, loi qui légalise la contraception. L’année 1968, enfin, grâce aux nombreuses manifestations
de gauche, ouvre la voie aux mouvements féministes.

L’année 1972 représente une étape clé dans la légalisation de l’avortement. Il s’agit du procès de Bobigny, celui d’une jeune fille ayant eu recours à un avortement clandestin suite à un viol, et dénoncée aux autorités par son violeur. La jeune femme ayant été relaxée, et le procès très médiatisé, le débat sur l’interruption volontaire de grossesse est amorcé. La loi Veil sera finalement votée en 1975 et représente une grande victoire pour les femmes. La même année, l’interdiction de
refuser un poste pour des motifs sexistes et le divorce par consentement mutuel sont proclamés.

Le féminisme commence également à se faire une place au sein des divers partis politiques. De plus, c’est en 1981, avec l’élection du président François Mitterand, que le Ministère des Droits des Femmes a été instauré pour la première fois. Certaines universités et le CNRS mettent en place des programmes de recherche sur les théories féministes, ou encore sur les constructions sociales de genre. En janvier 2000, la loi pour la parité en politique est votée.

Parallèlement, les associations continuent de militer, cette fois en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes, la défense des immigrées, mais également pour la reconnaissance et les droits des personnes LGBTQI+, et bien d’autres encore.

Conclusion

L’histoire du féminisme a été et est toujours actuellement un parcours long et semé d’embûches. Elle est intimement liée à l’historique politique française, et a su prendre sa place pour accompagner les changements majeurs et les différents mouvements de protestation en France.
Enfin, le féminisme a pu permettre de briser le mur du silence et ainsi d’ouvrir la voie aux autres personnes victimes d’oppression, qui aujourd’hui ne veulent plus se taire.

Bibliographie
HUSSON, Anne-Charlotte. MATHIEU, Thomas. Le féminisme. Bruxelles : édition Le Lombard,
2016. 91 pages. (Collection La petite bédéthèque des savoirs)
RIOT-Sarcey, Michèle. Histoire du féminisme. 3e édition. Paris : édition La découverte, 2015. 118
pages.