« Tu es une femme. » C’est une phrase que j’ai trop entendue. Et que je n’ai jamais comprise.

Il y a eu ces moments de solitude lorsque quelqu’un dit « mais toi t’es une fille c’est pas pareil » pour justifier le fait que la « fille » en question ne peut pas participer à une bagarre.

Il y a eu ma mère, le jour où j’ai eu mes règles, qui m’a dit quelque chose comme « maintenant, tu es une femme », ce qui pourrait vouloir dire : bienvenue dans le monde des personnes qui vivent leurs années de scolarité dans la peur de finir la journée avec une tâche rouge entre les jambes, ces personnes obligées de se cacher quand elles se filent des serviettes hygiéniques, ces personnes qui sont fatiguées deux semaines par mois et à qui on ne le pardonne jamais.

Il y a eu des commentaires du type « tu n’es pas assez féminine ». Alors j’ai essayé. J’ai porté, de temps en temps, chez moi ou à des occasions, une jupe, une robe, avec toujours cette sensation de me déguiser et/ou de le faire pour faire plaisir, et j’ai arrêté, en me promettant de ne plus essayer d’être quelqu’un que je ne suis pas.

Il y a eu toutes ces émissions de télévision, toutes ces publicités, tous ces films qui véhiculaient des images qui ne collaient tellement pas avec moi ni avec ce que je vivais que je n’ai pas compris tout de suite qu’elles parlaient de « qui j’étais censée être », c’est-à-dire une femme.

Alors j’ai fini par me demander : c’est quoi être une femme ?

Est-ce que c’est : être féminine ?

Est-ce que c’est : se faire siffler dans la rue ?

Est-ce que c’est : ne pas être un homme ?

Est-ce que c’est : avoir un vagin et un utérus ?

 

Alors oui certes j’ai un corps de femme. Mais est-ce que ce fait là, seul, suffit pour me qualifier de « femme » ? Est-ce que c’est aux autres de me dire qui je suis, ou bien ai-je le droit d’être qui je veux être ?

Ce sont ces questionnements qui m’ont amenés au féminisme. Et en particulier au féminisme inclusif. Car nous devrions tou-te-s avoir le droit d’être qui l’on veut.

Mais j’ai de la chance. J’ai de la chance parce que je suis heureuse dans un monde triste. Je suis heureuse parce que je vis comme je l’entends avec la personne que j’aime dans un pays qui n’est peut-être plus une démocratie mais qui tolère notre union.

J’ai de la chance surtout parce que je ne me fais pas harceler dans la rue. Je n’ai pas peur de rentrer seule le soir. Je ne subis pas de discriminations liées à mon physique. Or ça ne devrait pas être une chance : ça devrait être normal. Voilà pourquoi je veux me battre. Ma chance me donne de la force, et cette force je veux ou plutôt je dois la partager. Pour que mes amies ne se fassent plus siffler dans la rue. Pour que l’on puisse passer facilement de « il » à « elle », ou n’être ni « il », ni « elle ».