Je suis blanche, cis-genre, hétérosexuelle et féministe ! Être féministe m’a aidée à m’ouvrir aux autres, à faire évoluer ma vision du monde.

À prendre conscience que le mal-être que je pouvais ressentir n’était pas dû au fait que je n’étais pas normale et que je n’arrivais pas à rentrer dans les cases, mais tout simplement au fait que j’essayais de me conformer à un modèle, à une manière d’être, de m’habiller, de penser, qui n’était pas moi. Le féminisme m’a permis de me libérer, de devenir celle que je désire être, de m’accepter et d’accepter les autres tels.les qu’iels sont.

Malgré tous ces points positifs et enthousiasmants, le plus compliqué pour moi en étant féministe, c’est la prise de conscience du sexisme ordinaire qui règne partout, tout le temps, qui m’enveloppe, me colle à la peau parfois, qui me réduit à ma condition de femme, qui provoque en moi des émotions diverses : colère, stupéfaction, sidération, tristesse et j’en passe !

Cette prise de conscience croissante est parfois dure à gérer.

Non pas que cela soit négatif d’en prendre conscience, bien au contraire ! Ce qui est complexe c’est de se retrouver dans un groupe et d’être la seule ou presque à se rendre compte des réflexions sexistes qui fusent dans tous les sens…

De s’entendre dire que si je vais à une réunion féministe, alors je vais militer dans la rue comme les Femen et montrer mes seins. Qu’être féministe c’est être contre les hommes. Que je suis une moralisatrice et qu’il ne faut pas que je voie des insultes partout. Que je vais trop loin dans ma.mes réflexion.s en disant que «oui, le mot pute est discriminant, péjoratif et que si tu veux respecter les femmes qui font ce métier alors tu peux dire travailleuse.s du sexe ».

Cette vision des autres de moi, ces jugements et cette sensation d’être zieutée, examinée parce que je suis une femme et parce qu’en plus je suis féministe (que j’assume pleinement et ouvertement), est parfois pesante.

Mais au final cela me donne encore plus l’envie de me déconstruire, pour être encore plus libérée de toutes ces nouvelles pressions que je peux ressentir et subir. Me déconstruire pour être encore plus apte à dire aux autres ce qui peut me toucher, me faire du mal parfois et leur expliquer pourquoi dire ou faire cela est sexiste envers moi et envers tant d’autres femmes.

Être féministe c’est être engagée sur une voie parfois complexe, qui mobilise beaucoup d’énergie, qui peut faire perdre pied, mais qui ouvre tellement de portes ! C’est aussi une réelle occasion de rencontrer des personnes merveilleuses qui vous donnent envie de continuer à planter des petites graines en chacun.e.s des personnes qui ne sont pas encore déconstruites.