Le lundi 16 mai 2016, à 17h50, en plein centre-ville, cours Olivier de Clisson, un mec a mis la main sous ma jupe en arrivant de derrière moi et en me dépassant en courant. C’est à dire qu’il m’a touché les fesses et la vulve (à travers collant et culotte mais je l’ai bien senti quand même).
Je lui ai hurlé dessus : “pu**** mais ça va pas ? Non mais rattrapez-le ! Eh tu t’es pris pour qui co***** ?”
J’ai essayé de lui courir après mais en talons et avec deux sacs c’était perdu d’avance. Quand il a vu ça il a bifurqué en un grand cercle autour de moi pour disparaître au coin de la rue d’où il est venu, en criant “sa***e”.
Tout le long, il avait un grand sourire. Ma colère l’a fait kiffer.
Je ne suis pas traumatisée mais bon c’est la première fois que ça m’arrive. J’y repense et ça m’énerve qu’il ait souri, que pour lui ce soit un jeu, que ma colère est ce qu’il cherchait. Ça m’énerve de pas avoir pu lui choper la main et lui foutre une raclée, je regrette de ne pas avoir eu le courage d’aller le chercher au coin de cette rue et lui mettre le nez dans sa merde, lui dire “non je ne suis pas une salope et toi tu es un agresseur”, l’humilier calmement devant ses potes, le dissuader de recommencer avec qui que ce soit. Je ne l’ai pas fait, mais la prochaine fois je n’hésiterai plus.
J’ai porté plainte le lendemain contre X pour agression sexuelle.
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Puis, deux jours après, au même endroit, à minuit. Je croise 4 ou 5 jeunes mecs dont 2 m’abordent et sont reçus par deux immédiats “ta gueule”. Suivent “on voit ta culotte” ( reçu par un “ta gueule”), et “faut arrêter de s’habiller comme ça, sa***e” (reçu par un “je fais ce que je veux co****d”).
Oui je sais, j’ai encore du mal à garder mon calme face au harcèlement de rue, la faute au ras-le-bol et au refus de ne pas répondre. Alors je réponds, systématiquement, comme je peux. Je travaille à rester plus calme et dire les choses sans insultes mais je n’y arrive pas encore.
Puis immédiatement après, un vieux mec à vélo ralentit pour rester à ma hauteur pendant que je marche. Pas du tout flippant à minuit quand les rues sont vides et là où j’ai été agressée lundi. Au bout de quelques secondes comme ça où je me contentais de marcher tout droit sans le regarder, il me dit :
“Ils vous ont dit quoi ?
– Ca vous regarde pas.
– Que vous vous habillez court c’est ça ?
– Laissez moi tranquille.
– En même temps vous êtes pas obligée de vous mettre en jupe.
– Vous êtes pas obligé de porter un pantalon.”
Pas top comme répartie mais je ne savais pas du tout quoi répondre à ça, et je ne voulais pas lui montrer que j’avais peur.
Il a commencé à s’énerver:
“non mais oh, vous êtes complètement folle. Vous pensez vraiment pouvoir circuler librement… Vous judiciarisez tout, vous êtes folle.
– vous savez ce que ça veut dire judiciariser ? Laissez-moi tranquille. Je ne suis pas obligée de vous parler. Je ne veux pas vous parler.”

Et là, festival de l’insulte, je n’ai plus les termes exacts mais c’était très violent et presque créatif du point de vue des associations d’insultes pour faire des combos encore plus violents… Je suis donc mal baisée et frustrée, je ne demande qu’à être baisée, et on le voit bien, je l’appelle, la jupe courte c’est pour ça. Chienne. Sa***e. J’ai fini par lui crier « laissez-moi tranquille” avant de tourner les talons en essayant d’avoir l’air sûre de moi. Il a arrêté de me suivre (ouf), mais a continué à crier des insultes. Gamine. Sa***e. Même pas je te baise. J’ai crié “Tant mieux” sans me retourner, sans m’arrêter, en crispant une main sur la lanière d’un sac, l’autre sur ma bombe au poivre que j’ai hésité à utiliser tout le long de la confrontation.
Il était en vélo et m’a suivie sur une centaine de mètres le temps de cette “conversation”. Je ne pouvais pas fuir, il m’aurait rattrapée vite fait. Le cours Olivier de Clisson peut être très long, même en marchant vite, quand un mec te suit, t’insulte et te menace. Je ne l’ai pas montré mais j’ai réalisé après que j’ai eu peur. Vraiment. Plus que lors de l’agression précédente deux jours plus tôt.
J’en ai juste marre de vivre dans ce monde où je ne suis pas libre. Pourquoi ils ne conçoivent pas que je puisse porter une jupe pour moi et pas pour leur gueule ? Et pas pour demander du sexe ? Pourquoi ils ne conçoivent pas que je porte ce que je veux ? Que je me balade seule si je veux et que c’est pas une raison pour me prendre pour une proie ? Est ce qu’on les emmerde eux sur leur façon de s’habiller ?

 

La rue est aussi à nous. Reprenons-la.